Changement climatique et gestion intégrée des zones côtières au Sénégal (AMCC+)

Duration
2019-01-01 to 2024-01-01
Status
Active programmes
Région
Afrique
Pays
Sénégal
Total budget
5,30 M€
Sector(s)
Countries

Malgré sa stabilité politique, ses avancées économiques récentes et le développement d’infrastructures majeures notamment dans la région de Dakar, le Sénégal reste avec un taux de pauvreté élevé (46,7% de la population) et vulnérable aux chocs environnementaux et climatiques, y compris les catastrophes naturelles récurrentes, en particulier les inondations et les sécheresses. Il est prévu que ces dernières augmentent en fréquence et en intensité en raison de la variabilité accrue du climat. 

 

La zone côtière, notamment, comporte 67% de la population sénégalaise et concentre 90% de la production industrielle. Elle est caractérisée par des urbanisations de faible altitude, en expansion rapide et à forte population, avec des nappes phréatiques élevées et une planification faible en ce qui concerne les systèmes de drainage. Par conséquent, de relativement petites quantités de pluie peuvent facilement inonder certains quartiers. Ainsi, en plus des événements extrêmes, l'élévation du niveau de la mer place une grande partie de la population côtière, des infrastructures et des écosystèmes à risque d'inondations et d'érosion. 

 

Le changement climatique affecte les secteurs sensibles au climat tels que l'agriculture (70% de la production est pluviale), l'élevage et la pêche, qui représentent 20% du PIB et emploient la majorité de la main-d'Å“uvre. La sécurité alimentaire est sous haut niveau de stress en raison des faibles rendements et de la forte croissance démographique. Selon les estimations, plus de 15% des ménages ruraux et plus de 8% des ménages urbains souffrent d'insécurité alimentaire, et le pays importe environ 60% de ses besoins en céréales, principalement du riz. La pêche possède une place particulière au niveau de l’adaptation. Les petits pélagiques (sardinelles) ont un rôle important à jouer au niveau de la sécurité alimentaire, correspondant à 77% des débarquements et jusqu’à 80% des protéines consommées. Le changement de température des eaux marines fait que les stocks migrent vers le nord et au large, et donc hors de portée des petits pêcheurs, ce qui provoque des prises de risques et des pertes humaines.

 

Les autres secteurs de l’économie sont également touchés : l’industrie touristique est affectée par la destruction d’infrastructures souvent coûteuses. Le recul du trait de côte dans les zones affectées est estimé à un à deux mètres par an en moyenne, et l’échelle d’érosion est telle que beaucoup de petits hôteliers ont dû se reconvertir tandis que les plus nantis essaient de lutter à leur  manière contre ce phénomène. 

 

Les régions du Sine Saloum et de la Casamance démontrent une fragilité particulière. Disposant de nombreuses iles, très enclavées, elles ne parviennent pas à s'emparer d’opportunités de développement, malgré des atouts environnementaux. La Réserve de Biosphère du Delta du Saloum (RBDS) abrite plus de 114 espèces de poissons réparties dans 52 familles, et couvre le site de reproduction et de croissance de plus de 50 espèces de poissons. A ce titre, la RBDS est une zone humide d’importance internationale car elle remplit le critère spécifique 4 de la Convention sur les zones humides. Elle présente de bonnes potentialités pour les activités génératrices de revenus que peuvent développer les populations de la zone.  Malgré cela, ce refuge d’espèces végétales et animales connaît une dégradation sensible essentiellement marquée par une destruction progressive de la mangrove à cause des coupes abusives, et une intensification et une généralisation des pratiques destructrices de pêche.

 

La Casamance se caractérise comme la zone la plus pluvieuse du Sénégal, avec un réseau hydrographique qui structure les paysages et les activités humaines : la topographie, dans l’ensemble peu élevée (40m environ), confère à la Casamance une diversité de reliefs allant des plateaux aux bas-fonds, valorisés à des fins d’arboriculture, de productions vivrières et de riziculture. Les conditions climatiques contribuent directement à une dégradation accélérée des sols : salinisation 2 à 3 fois supérieure à celle de l’eau de mer, érosion hydrique, ensablement des bas-fonds. Cette dégradation des sols, et notamment la salinisation, fragilise les  conditions de vie des sociétés rurales adjacentes, notamment dans les villages insulaires, hypothéquant l’approvisionnement en eau potable des populations ainsi que leurs activités agricoles.

 

GCCA's action programme
Geographical scope
Country groups
Initial GCCA/GCCA+ contribution
5,000,000.00 €

Objectifs spécifiques

L’objectif spécifique est d’améliorer durablement la résilience climatique des zones côtières.




Produits

Les produits sont :

  1. Les institutions sont accompagnées dans leur action climatique, notamment dans la GIZC ;
  2. Des actions de terrain en faveur de la résilience climatique locale sont mises en place (Petite Côte, Sine Saloum et Casamance) ;
  3. La connaissance et la communication sur les enjeux climatiques sont renforcées, avec un focus sur les zones côtières.


Achievements to date

Au niveau du Produit 1 relatif à l’appui institutionnel, il s’agit d’accompagner la DEEC dans son rôle de coordination et les responsables sectoriels dans leur suivi effectif de leur action climatique, notamment en lien avec les efforts effectués dans le domaine de la Gestion Intégrée des Zones Côtières. Les activités pressenties sont :

 

  1. Animer les thématiques climatiques pertinentes au niveau de la zone côtière.
  • Établir et maintenir un panorama des actions climatiques, sur la zone côtière, et par secteur, permettant d’avoir une connaissance toujours actualisée des actions climatiques en cours et prévues ;
  • Organiser et participer à la concertation entre autorités compétentes en matière de politique climatique, 
  • Rendre opérationnel les comités de pilotage et de suivi du projet GIZC/AMCC+ en confiant un rôle conséquent à ces deux comités dans l’organisation et les orientations du projet ainsi que dans son fonctionnement ; 
  • Elaborer les plans locaux GIZC de la zone du Saloum et Louga et réactualiser les plans de Dakar, Saint Louis et Petite Côte

 

  1. Soutenir l’agenda d’intégration des enjeux climatiques dans les politiques nationales.
  • Identifier les plans d’intégration au niveau sectoriel (littoral, eau et pêche – atténuation), et leur état des lieux ;
  • Suivre les efforts d’identification et d’intégration des objectifs de la politique climatique dans les secteurs clés suivants (littoral, , eau, pêche, …) ;
  • Formuler des propositions pour l’élaboration des politiques et mesures visant la réduction des émissions de gaz à effet de serre ;
  • Prévoir systématiquement un jeu d’indicateurs concernant la réponse au changement climatique dans les documents de politiques (voir activité « suivi et évaluation).

 

  1. Accompagner la mise en place de systèmes de Suivi, Notification et Vérification des actions climatiques au niveau sectoriel (littoral, eau, pêche).
  • Appuyer la mise en Å“uvre par un système de type SNV des actions climatiques, qui permet de suivre les flux dans les appuis pour l’action climatique, de suivre les résultats obtenus et d'avoir des éléments de base pour évaluer l'impact. Il s’agira d’aider à la définition et mise en place des systèmes de SNV 
  • En lien avec le SNV, définir un système de suivi évaluation (S/E), identifier et structurer les données nécessaires à la prise de décision ;
  • Définir les S&E sectoriels, avec des indicateurs de suivi définis et suivis au sein des secteurs eux-mêmes (littoral, eau, pêche);

 

  1. Agenda international et reporting des actions climatiques et côtières.
  • Appuyer la participation du Sénégal dans l’agenda international relatif à l’action climatique, notamment de par son action en GIZC ;
  • Recenser dans la sous-région les meilleures pratiques en termes d’actions climatiques au niveau public, les appuis potentiels, les programmes de recherche, cursus universitaires, enseignements et formations liés aux enjeux de GIZC et climat ;
  • Participer à la préparation des rapports que le Sénégal doit soumettre aux instances internationales notamment dans le contexte de la CCNUCC.

 

Concernant le Produit 2 sur la résilience climatique au niveau local, l’intervention sera centrée sur des mesures concrètes menant à l’appui aux communautés, avec un accent sur les plus vulnérables au niveau climatique, de la Petite Côte, dans le Sine Saloum et en Casamance. 

 

  1. Mesures concrètes au niveau local.

Il s’agira d’appuyer des actions en ligne avec les priorités locales en termes de gestion intégrée et notamment des Plans Locaux de GIZC, lorsque disponibles. La préparation et la mise en Å“uvre de ces actions devront impliquer tous les échelons décisionnels et services compétents afin de bien circonscrire le problème, les défis et enjeux, les solutions potentielles et les modalités pratiques pouvant être mises en Å“uvre. Les actions devront associer les structures de l’État spécialisées dans l’implémentation de chacune d’entre elles (par exemple : Eaux et Forêts, DPN, DAMCP), supervisées au plan général par la DEEC. Chaque action devra aussi promouvoir la participation de la communauté tout au long du processus, de la collecte des points de vue de la communauté pendant la planification initiale à la mise en Å“uvre, et prendre en compte le temps nécessaire aux études et aux tests préalables afin de disposer d’un étalonnement des actions selon un pas de temps adapté. Les actions à appuyer permettront de mettre en Å“uvre une panoplie de mesures à titre pilote en associant les institutions spécialisées dans l’implémentation de chacune d’entre elles. 

 

Les actions pressenties concernent :

  • Une opération de dragage de la Somone, dont l’ensablement apporté par les marées montantes met en péril la mangrove et tout l'écosystème de la lagune;
  • Les solutions dites naturelles, présentant à long terme le plus d’effets positifs en matière de lutte contre l’érosion et la restauration des écosystèmes côtiers (par exemple : végétalisation, reconstitution des écosystèmes et des paysages) ;
  • Les travaux d’aménagements côtiers ou fluviaux, comme : la construction ou réhabilitation de diguettes; la construction ou réhabilitation de systèmes de drainage, dragage au niveau fluvial ; 
  • La mise en place de systèmes durables de gestion locale de l’environnement côtier chargés de la gestion et de la valorisation des déchets;
  • La lutte contre l’avancée de la salinisation ;
  • L’application des meilleures pratiques dans les réponses locales au changement climatique, représentatives de la notion de gestion intégrée (impliquant par exemple : l’organisation et l’action intercommunale ou des communautés en réseau, l’intégration  du nexus « énergies renouvelables - gestion de l'eau - gestion des zones côtières Â», la promotion de l’utilisation de matériaux et des méthodes de construction appropriés pour maximiser la durabilité environnementale…) ;
  • L’appui au développement des moyens de vie des communautés insulaires et côtières, en tant que réponse au changement climatique.

 

Au sujet du Produit 3 relatif à la connaissance et à la communication, il s’agit d’avoir à disposition des informations exactes, actuelles, pertinentes et cohérentes sur la problématique du changement climatique, notamment les impacts prévisibles, et les mesures prises, et de les communiquer à tous les niveaux (parties prenantes, décideurs, public, …).

 

  1. Création de connaissances et de points de références au niveau des politiques.

Les activités concernent, de façon indicative, le lancement d’études permettant de mieux et d’accompagner les autres composantes de l’intervention, notamment la création de connaissances et de documents de  référence:

  • Une Revue des Dépenses Publiques et Analyse Institutionnelle Climatique (RDPAIC) permettant de faire le point des financements budgétaires consentis aussi bien par l’Etat que ses partenaires au développement; de procéder à une revue du cadre institutionnel associé au financement de l’action climatique; de clarifier le dimensionnement financier actuel de la politique climatique et l'articulation des différentes classes de dépenses climatiques; et donc de faire le point sur la démarche d’intégration des changements climatiques dans le processus budgétaire. Une telle étude servirait de référence pour l’action climat au Sénégal dans le moyen terme.
  •  Une Analyse des aspects de genre et résilience climatique. Les études actuelles concernant le genre et l’action climat sont informatives et utiles mais restent générales au niveau de leurs recommandations. De plus, la CDN dans son volet GIZC reste peu développée face au genre. Un exercice est donc nécessaire afin d’impulser des changements concrets pour, par exemple, mieux articuler les plans d’adaptation et autres politiques climatiques, environnementales et de développement durable aux politiques et bonnes pratiques concernant le genre, ou définir des cadres pour garantir la concertation et la participation des acteurs et actrices.
  • Données sur l’élévation du niveau marin, par technologie LIDAR (Light Detection and Ranging). Des données fiables sont capitales pour la prise en compte du changement climatique sur la zone littoral. Cette activité entrera dans le cadre de l’observatoire national du littoral qui fait partie des priorités de l’Etat en matière de gestion du littoral.
  • La DEEC pourra aussi appuyer d’éventuelles analyses coûts-bénéfices à effectuer au niveau sectoriel (ou par branche d’activité, ou par filière), permettant de mieux justifier les financements publics climatiques à leur niveau, mais aussi les opportunités d’investissements « verts Â» ou de marchés potentiels au niveau du secteur privé. Une étude pressentie est l’évaluation des crédits carbone en ligne avec les activités réalisées de plantation de mangroves et filao, afin d’encourager l’implantation d’infrastructures vertes.
  • Des études permettant de définir des actions concrètes dans un sous-secteur particulier directement relié aux thématiques de l’intervention, comme par exemple une Étude de sensibilité côtière par rapport à la pollution (effectuée au Liberia avec le CSE, envisagée mais finalement pas réalisée au Sénégal du fait d’un manque de moyens).
  • D’autres études pourront être effectuées en fonction des besoins liés au renseignement des indicateurs du cadre logique, notamment sur les pertes liées aux évènements climatiques sur la zone côtière. 

 

  1. Gestion des connaissances.
  • Appuyer un système central d’information sur l’adaptation et dans le domaine de l’intégration (bonnes pratiques, données sur l’intégration, lien avec les données sur les écosystèmes côtiers, méthodologies de « mise à l’épreuve du climat Â», planification urbaine, cartographie des innovations au niveau adaptation et écosystèmes,  â€¦), qui permettrait de rendre accessibles les études et les méthodologies genre et climat en les adaptant au niveau local et aux populations concernées. 
  • Ce système pourrait initialement se baser sur un système d’archivage des informations et documents générés par le projet en élaborant une plateforme d’archivage et de partage de l’information. Cela établirait une mémoire documentaire et informationnelle du projet et de pouvoir en même temps contribuer au partage des données et informations. Il aurait de plus la qualité de pouvoir faire disposer tous les acteurs associés au projet de la même information au même moment.   

 

  1. Communication externe.
  • Disposer d’une communication fonctionnelle afin de rendre compte de l’accomplissement du projet et pouvoir communiquer sur la qualité des réalisations et plus largement partager les expériences en mettant en avant les facteurs de succès et d’échec ;
  • Préparer et mettre en Å“uvre un plan de communication ciblé vers des parties prenantes spécifiques, par groupes: les parlementaires et les députés, les différentes sections du secteur privé (industriels, PME, …), les medias, les jeunes…
  • Le partenariat avec le secteur privé vise une meilleure intégration et diversification économique, et assurer une plus grande pertinence de l’action du secteur privé du point de vue de la résilience locale. Il s’agira donc d’informer et d’inciter aux activités économiques vertes, aux secteurs d’activité liés à la transition écologique et énergétique, à la gestion durable des ressources naturelles, aux métiers techniques et scientifiques (compréhension des enjeux climat, quels services « climatiques Â» mettre en place, de type accompagnement technique, financier, ou risque/assurance ....). 
  • Organisation d’une conférence  nationale chaque 2 ans sur les enjeux relatifs à la GIZC et au changement climatique.