Collecter des données pour réduire les émissions de GES en Ouganda

Entretien avec Aggrey Ntakimanye, conseiller technique en charge de la surveillance, de la notification et de la vérification (MRV) dans les districts du nord de l’Ouganda. 

ugandaÀ l’horizon 2040, l’Ouganda entend devenir un pays à revenu intermédiaire en encourageant la réduction des émissions de carbone et l’adoption de pratiques climato-intelligentes par les agriculteurs. Selon la Banque mondiale (2019), le changement climatique constitue l’une desprincipales entraves au développement de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne. C’est le cas en Ouganda, notamment sur le plan de la sécurité alimentaire et de la santé des habitants. Ce phénomène frappe de plein fouet les communautés dont la production agricole est tributaire des ressources naturelles, et est menacée par des précipitations de plus en plus irrégulières, des inondations, des glissements de terrain et l’utilisation accrue de pesticides. Aggrey Ntakimanye est le conseiller technique de l’AMCC + en Ouganda. 

Quel est l’objectif du projet de l’AMCC+ en Ouganda ? 

Ce projet en Ouganda financé par l’Alliance mondiale contre le changement climatique Plus (AMCC+)a pour objectif premier de protéger l’environnement par le biais d’actions axées à la fois sur l’atténuation du changement climatique et sur la formation à la collecte de données dans le nord du pays. Nous voulons ainsi améliorer la capacité des dirigeants locaux à recueillir des données sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’origine agricole. À cette fin, le projet identifie et forme25 000 agriculteurs regroupés au sein de coopératives pour en faire des agents du changement dans leurs communautés respectives. Les données collectées auprès de ces agriculteurs soutiendront les actions locales pour la mise en œuvre de stratégies de réduction des émissions de GES en Ouganda et aideront le pays à atteindre sa contribution déterminée au niveau national (CDN)  

L’agriculture est-elle un secteur économique clé pour l’Ouganda ? 

Selon ReliefWeb (2019), l’agriculture contribue à concurrence de plus de 25 % au produit intérieur brut et il emploie plus de 70  % de la population. Pour réaliser sa CDN, l’Ouganda doit donc s’employer, entre autres, à réduire les émissions de GES résultant de l’utilisation de pratiques agricoles non durables qui font de plus en plus pression sur les ressources naturelles. Notre projet met spécifiquement l’accent sur le secteur agricole, par le biais d’activités de suivi des émissions,mais aussi en recueillant des données que nous pouvons utiliser pour promouvoir des pratiques agricoles climato-intelligentes.  

L’adoption de pratiques agricoles intelligentes face au climat nécessite de relever des défis spécifiques, en particulier en termes de ressources humaines et de développement des capacités. Il faut en effet former le personnel des administrations locales des districts aux techniques de collecte de données primaires et secondaires. Lorsqu’un système efficace de données sera en place, nous envisageons d’étendre ces activités et ces procédures à toutes les communautés locales du pays. Le service en charge de la lutte contre le changement climatique pourra ainsi recueillir et évaluer plus efficacement les données.  

Quel est le rôle de la MRV ? 

Le concept de surveillance, notification et vérification (MRV) a été lancé dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat. Il impose à tous les bénéficiaires de l’aide financière de l’UE de soutenir des actions de lutte contre le changement climatique. Ce projet a notamment pour ambition de réduire les émissions de GES dans l’atmosphère, en particulier les GES d’origine agricole. Nous avons également comme objectif de faire en sorte que les agriculteurs locaux puissent adopter des pratiques agricoles intelligentes face au climat. Bien que ce projet en soit encore à ses débuts et que l’accent soit mis à ce stade sur le recrutement et la formation d’agents locaux, la phase actuelle permet déjà de créer une base de données que les parties prenantes des districts du nord de l’Ouganda peuvent consulter.