Coronavirus : quel impact pour les pays partenaires de l’AMCC+ ?

 

Par Jane Wilkinson

doctorLes pays industrialisés ont été les premiers à subir la crise sanitaire et le choc économique de l’épidémie de COVID-19 à laquelle le monde doit aujourd’hui faire face. Les fermetures de frontières, les règles draconiennes de distanciation sociale et le lock-down ont mis à l’arrêt l’économie mondiale. Des contributions à hauteur de centaines de milliards ont été annoncées afin de renforcer les services de santé publique, d’assurer la survie des entreprises et de préserver l’emploi d’ici le « retour à la normale ». Mais quelle normale ? A ce jour, ces élans d’extrême générosité restent quasi-exclusivement nationaux et, à de rares exceptions près, la situation à laquelle doivent faire face les pays en développement est largement négligée. Or, le monde a besoin d’une riposte internationale pour limiter l’ampleur d’une catastrophe qui aura un impact durable en l’absence de mesures.

Au moment où l’épidémie gagne toutes les régions du monde, certains doivent se préparer au pire, à commencer par le « dernier milliard » – ce milliard d’habitants des pays les plus pauvres et les plus vulnérables. Depuis 2008, l’Alliance mondiale contre le changement climatique Plus (AMCC+) de l’Union européenne coopère avec les pays les moins avancés (PMA) et les petits États insulaires en développement (PEID). Plus de 700 millions d’euros ont ainsi été affectés au titre de l’AMCC+ à quelque 90 programmes qui visent à renforcer la résilience climatique tout en améliorant les moyens de subsistance et en luttant contre la pauvreté.

La grande vulnérabilité des PMA à l’impact du changement climatique est encore aggravée en raison de la capacité d’adaptation et de rétablissement limitée de cette catégorie de pays. Cette situation rend également ces pays particulièrement vulnérables face au COVID-19 si la maladie devait y gagner du terrain. La sollicitation massive et la rapide saturation de systèmes de santé publique précaires et fragilisés, mais aussi les retombées d’une catastrophe financière mondiale auraient un effet désastreux.

De nombreux PMA, parmi lesquels des partenaires de l’AMCC+, ont déjà imposé des mesures particulièrement strictes. Le Népal a fermé les écoles, annulé les événement publics, interdit l’accès à l’Everest et fermé une grande partie de ses frontières. L’Ouganda a interdit les mariages et les grands rassemblements religieux. Le Kenya et le Nigeria ont fermé les établissements scolaires et le Rwanda, ses frontières. Rares sont cependant les PMA qui peuvent envisager des mesures de confinement à l’échelle nationale ou isoler des villes entières alors que la majorité de leurs habitants ne peuvent compter que sur les transactions de l’économie informelle pour avoir à manger chaque jour. Et dans les camps et les bidonvilles surpeuplés en périphérie des villes, des mesures telles que la distanciation sociale et le respect de l’hygiène des mains risquent d’être tout simplement impossibles.

Une chose est sûre : le défi du changement climatique ne disparaîtra pas avec la fin de l’épidémie de coronavirus. Face à l’ampleur de la crise et aux montants injectés pour y faire face, il nous apparaît judicieux de revenir sur une crise passée pour en tirer des enseignements. En 2009, les pays riches se sont engagés au titre de l’accord de Copenhague à affecter 30 milliards de dollars supplémentaires au financement « fast-start » ainsi que 100 milliards de dollars au financement climatique. Nous étions alors en pleine crise financière mondiale – la crise de 2009 – et la Chine, les États-Unis et les gouvernements du G20 étaient arrivés à mi-parcours de programmes de relance à hauteur de 3000 milliards de dollars. Plus de 500 milliards ont été dédiés à l’action conjointe de lutte contre le changement climatique, un financement qui s’est avéré essentiel pour faire baisser le prix des technologies et faire en sorte que le prix de l’énergie solaire soit concurrentiel rapport à celui du charbon dans la plupart des pays, ce qui est le cas aujourd’hui.

Une telle situation risque de mettre encore plus sous pression les finances publiques et de déboucher sur des politiques d’austérité fiscale. Pourtant, nous pouvons aujourd’hui saisir une chance unique en décidant d’affecter les aides et incitations fiscales et les dispositifs de relance à une transition climatique équitable, inclusive et de nature à renforcer durablement la résilience. Les gouvernements doivent expliquer comment ils comptent « verdir » leurs dispositifs de soutien « coronavirus » et ce qu’ils feront pour protéger les habitants les plus vulnérables de la planète. Il en va peut-être de la réalisation des ODD, notamment de l’Objectif 13 – adaptation au changement climatique – et de l’Objectif 1 – éradication de la pauvreté.

Jane Wilkinson est conseillère stratégique en atténuation de la Facilité d’appui de l’AMCC+. 

Le contenu de cet article ne reflète pas nécessairement l’opinion officielle de la Commission européenne