Les facteurs de succès d’une intervention d’atténuation

 

ImageLe concept d’atténuation est des plus simples et se définit comme « une intervention humaine visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre ou à accroître les puits de carbone ».  Les mesures d’atténuation sont plus complexes à décrire. Elles peuvent être déployées dans les six secteurs très différents (approvisionnement énergétique, transports, bâtiments, industrie, agriculture et sylviculture, et gestion des déchets) couverts par le rapport du Groupe de travail III du GIEC.

À tous les niveaux, des facteurs sociaux, politiques, économiques, géographiques, démographiques, environnementaux et technologiques influencent la réussite des mesures d’atténuation. Des compromis sont en outre souvent nécessaires. De plus, chaque secteur regroupe des sous-secteurs spécifiques, en termes d’émissions à réduire ou de puits de carbone à améliorer. Il n’y a donc pas de solution miracle, ou autre meilleure pratique universelle, adaptée à tous ces secteurs et sous- secteurs. Toutefois, comme l'illustrent l'analyse technique et les études de cas du référentiel, les   méthodologies actualisées régulièrement par le GIEC, un financement approprié et la priorité accordée à la collecte de données solides constituent un bon point de départ.

Ingrédients pour une intervention d’atténuation réussie

  1. Une méthodologie sous-jacente solide est essentielle : depuis plusieurs décennies déjà, des coalitions internationales, en particulier le GIEC, ont accompli un travail considérable permettant d’améliorer les méthodes d'estimation des niveaux de référence, de calculer le potentiel de réchauffement planétaire des gaz à effet de serre connus, d’élaborer des scénarios de réchauffement climatique et de mettre au point de méthodes pour suivre et contrôler les réductions de gaz à effet de serre dans le temps. Ces méthodes sont également mises à jour en permanence. C’est d’une certaine façon l’aspect le plus facile. Car il est sans doute plus compliqué d’adapter les interventions à un contexte particulier. Idéalement, il faudrait pouvoir s’appuyer ici sur des ensembles de données fiables, harmonisées et ayant été recoupées, recueillies au fil du temps. Mais dans de nombreux cas, et même le plus souvent, les données sont insuffisantes ou peu fiables.
  2. De solides capacités de collecte de données et des systèmes de stockage et de traitement des données doivent être mis en place, prioritairement, afin de permettre la mesure, le suivi et la vérification des interventions d’atténuation. Les données financières et économiques permettent de déterminer si le budget est respecté, si les bénéficiaires tirent des avantages de l’intervention ou si l’intervention doit être ajustée pour en améliorer l’impact.
  3. Les mesures doivent avoir un bon rapport coût-efficacité. L’idée n’est pas d’opter systématiquement pour des mesures peu coûteuses mais de veiller à ce que des politiques et des mesures incitatives appropriées soient en place afin que les fonds publics limités tiennent la distance. Il faut aussi inciter – par le biais de politiques intelligentes, et notamment des incitants financiers – les acteurs privés (depuis les concepteurs et les porteurs de projets jusqu'aux utilisateurs finals et aux ménages) à adapter leurs comportements et à se tourner vers des solutions plus résilientes face au climat et à plus faibles émissions pour ce qui est de la gestion des terres, des systèmes de production alimentaires, des produits et appareils ménagers, des moyens de transport, des fournisseurs d’énergie.
  4. La flexibilité est parfois nécessaire. Le souci d’un rapport coût-efficacité optimal impose parfois d’admettre qu’il n’est pas toujours possible de déployer des solutions de réduction des émissions à faibles coûts. Dans certains contextes, il est plus efficace de créer des mécanismes tels que les systèmes d'échange de droits d'émission et les marchés du carbone pour renforcer l’atténuation dans les secteurs où elle se révèle la moins coûteuse. Malgré le succès parfois mitigé des mécanismes créés dans le cadre du protocole de Kyoto, il y a lieu d’en intégrer les leçons dans la mise en œuvre de l’article 6 de l’accord de Paris, afin que tous les pays puissent atteindre les objectifs d'atténuation à un coût aussi faible que possible.