Resiliencia Costera : solutions naturelles pour protéger la population et la côte cubaines

 

L’ouragan Irma, qui a touché terre à Cuba en 2017, était le premier ouragan de catégorie 5 à frapper l’île depuis près de 100 ans. Après avoir balayé le pays avec des vents à 200 km/heure pendant deux jours, la tempête a laissé derrière elle dix morts, des milliers d’habitations ravagées et près d’un demi-milliard d’euros de dommages – principalement en raison d’inondations côtières. Dans certaines parties de la capitale, La Havane, les habitants avaient de l’eau jusqu’à la taille. Mais la majorité des dégâts a touché la côte nord, qui abrite des dizaines de centres de villégiature de luxe.

 

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©GCCA+ , Mundo Latino 

Cuba – et son industrie touristique lucrative – est de plus en plus vulnérable aux aléas climatiques extrêmes et à la hausse du niveau de la mer. Jusqu’à un million de personnes vivent dans des agglomérations côtières et devraient devenir des réfugiés climatiques d’ici la fin du siècle. Face à ce défi, Resiliencia Costera (« résilience côtière »), une nouvelle initiative sur trois ans financée à hauteur de 4 millions d’euros par l’AMCC+, le programme phare de l’UE contre le changement climatique, entend améliorer la capacité de Cuba à s’adapter aux pires impacts de ce phénomène.

 

 

 

« La résilience correspond à la capacité des écosystèmes et des organismes à s’adapter à des vulnérabilités ou à des changements dans l’environnement. Nous comptons développer la résilience de Cuba à travers des solutions naturelles dans les zones côtières vulnérables. Ces solutions incluent la réhabilitation des écosystèmes marins côtiers. »

- Dr Santos Orlando Cubillas, Directeur de Resiliencia Costera.

 

Les solutions fondées sur la nature – que l’on appelle aussi « adaptation basée sur l’écosystème » – sont de plus en plus reconnues comme un outil important dans la lutte contre le changement climatique. Resiliencia Costera se concentrera sur l’archipel de Sabana-Camagüey, qui comprend 15 municipalités côtières, pour un total d’environ 600 925 habitants. Selon le PNUD – le partenaire de mise en œuvre de l’UE pour ce projet – la région, qui comprend un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, est une « mosaïque d’environnements marins sensibles, comprenant des plages de sable, des herbiers marins, des récifs coraliens et des bancs de sable ; des marais de mangrove et des systèmes de dunes boisées ; des lagunes côtières et des zones humides, ainsi que d’autres habitats côtiers tels que ceux de l’île principale de Cuba. »

 

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« La biodiversité côtière, comme les récifs coraliens, les herbiers marins et les mangroves, favorise le développement économique, social et culturel. Elle est importante pour la résilience future de Cuba. Le niveau de la mer augmente, mais nous devons trouver des moyens d’éviter que ces communautés ne subissent des dommages permanents. Les inondations ne sont pas le seul problème – l’intrusion d’eau salée est néfaste pour les aquifères et les terres agricoles. »

- Coordinateur du projet,  Dr Sergio Lorenzo. 

D’après Katherine Angier de l'Environmental Defense Fund, les écosystèmes naturels constituent une protection rentable pour la côte cubaine.

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« Cuba adopte une approche holistique de l’adaptation côtière », déclare-t-elle. « Les récifs coraliens et les herbiers marins peuvent réduire le risque d’inondation et la force des vagues qui atteignent la côte, ce qui ralentit l’érosion. Les mangroves et les forêts marécageuses constituent la deuxième ligne de défense contre les vagues et vents destructeurs. »

Cependant, déplore-t-elle, la biodiversité côtière est menacée par le déversement des eaux usées, la surpêche et la destruction de la mangrove.

Le Dr Maritza García, présidente de l’agence cubaine pour l’environnement, indique que les défenses naturelles de l’île ont été négligées pendant trop longtemps. « Le développement économique, et en particulier l’activité touristique, ont fait des ravages durant des années. Grâce à la restauration de l’écosystème, les habitants de ces régions seront mieux préparés et pourront, dans la mesure du possible, rester dans leur communauté de pêche. »

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Resiliencia Costera contribuera aussi à soutenir Tarea Vida (« Projet Vie »), un plan de lutte contre le changement climatique sur 100 ans, adopté par Cuba en 2018. Entre autres mesures, ce plan interdit la construction de nouvelles habitations dans les zones côtières vulnérables, prévoit la relocalisation des habitants des zones menacées, entend déplacer la production agricole en dehors des régions contaminées par l’eau salée, et vise à restaurer les habitats dégradés pour développer les défenses côtières.

 

« Le projet de l’AMCC+ soutient directement la mise en œuvre de Tarea Vida, en particulier en renforçant la résilience des zones côtières gravement menacées par la hausse du niveau de la mer et en se concentrant sur le déploiement de solutions naturelles pour l’adaptation au changement climatique », explique Maribel Gutiérrez, représentante du PNUD à Cuba. En tant que responsable de la mise en œuvre du projet de l’AMCC+ à Cuba, le PNUD se concentrera aussi sur la sécurité alimentaire, l’énergie renouvelable et l’efficacité énergétique, et travaillera avec des scientifiques et des experts en matière de risque en vue d’améliorer la planification des catastrophes et les systèmes d’alerte précoce.

 

La relocalisation de communautés côtières entières vers des terres situées à plus haute altitude s'accompagne toutefois de nombreux défis. « Nous sommes un pays côtier et nos communautés sont très attachées à leurs liens culturels et sociaux avec la côte », affirme le Dr Odalis Goicochea, directrice de l’environnement au ministère cubain des sciences, des technologies et de l’environnement. « Il est très difficile de relocaliser les habitants en raison des impacts au niveau individuel et communautaire. Le changement climatique brise leur relation avec la côte. »

 

Liens: 

Vidéo - Resiliencia Costera